The World Is Yours

Publié par : Aoced le 28/01/2019

L'importance et l'impact d'Illmatic ne sont plus à prouver. Documentaires, rééditions anniversaires, tournées hommages... Peut-être en fait-on un peu trop. Mais il faut dire que lorsque Nas, vingt et un ans en 1994, convoque sur son premier album la dream team des producteurs hip-hop, c'est pour marquer l'histoire. DJ Premier, Large Professor, Q-Tip et Pete Rock sont de la partie et se lancent, de leur propre aveu, dans une compétition à celui qui produira les titres les plus marquants, qui sauront le mieux accrocher l'oreille du grand espoir du rap new-yorkais. Pete Rock invite Nas dans son sous-sol et lui fait écouter une instru qu'il garde au chaud sur laquelle il a samplé « l Love Music » du Ahmad Jamal Trio. Un titre présent sur un des classic albums de celui que l'on surnomme l'Architecte, The Awakening, sorti en 1970, où son piano s'exprime seul durant 3min 40s, puis est rallié par la batterie de Frank Gant et la contrebasse de Jamil Nasser. « Une fois que j'ai commencé à explorer le jazz, j'ai vu tout ce que cette musique comportait, expliquait Pete Rock. Crois-moi, la soul a énormément à offrir. Il y a un nombre infini de morceaux de soul dehors. Mais dans mon âme, il se passait quelque chose avec le jazz. Cette musique est profonde. » À 4 min 48 s, la boucle: deux mesures que Pete Rock fait permuter dans son Akai S900 MIDI Digital Sampler, le même qu'il utilise sur The Main lngredient LP du duo qu'il forme avec le emcee C.L. Smooth, sorti sept mois après Illmatic et qui comporte deux autre samples tirés de The Awakening sur « It's On You » et « Get On The Mic ». Selon les dires du producteur, le son a été fait en dix minutes. Alors que Nas l'écoute, Pete Rock s'apprête à changer de piste pour lui faire entendre une autre insrru. Mais le rappeur l'arrête, il sent qu'il se passe quelque chose avec ce sample. Il enregistrent le texte, les scratchs et bouclent le mixage au Battery Studio à New York. Pour l'anecdote, c'est Pete Rock lui-même qui prend le micro pour chanter le refrain du morceau, « lt's mine, it's mine, it's mine, whose world is this?» (« Il est à moi, à moi, à moi, à qui appartient le monde? » ). Présents durant cette session de légende: Large Professor, et DJ Premier, qui en bon compétiteur, retournera illico au boulot pour pondre « Represent », autre titre mythique d'un album qu'il le deviendra tout autant. Le marché de la concurrence a parfois du bon. The Awakening du Ahmad Jamal Trio a gagné une place de choix dans les studios des producteurs hip-hop. La sérénité du jeu du pianiste, sa capa- cité à fournir des hooks en accords plaqués au milieu de délires solistes plus déliés ont d'abord été utilisés par DJ Premier sur « D.J. Premier In Deep Concentration » de Gang Starr, sur No More Mr. Nice Guy en 1989. Le boss du boom-bap y sample le début du premier titre de l'album, ce même titre dans lequel les Shadez Of Brooklyn piocheront pour construire leur morceau « Change » en 1996. Common sur « Résurrection » (1996), Jeru The Damaja sur « Me Or The Papes » (1996), Isaiah Rashad sur « R.I.P. Kevin Miller» (2014), Joey Bada$$ sur « Greenbax » (2015 et produit par DJ Premier)... The Awakening est presque aussi mythique pour le hip-hop qu'lllmatic. Presque !

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