DASEFX sample Joe Tex

Publié par : Aoced le 09/09/2019

La musique est un business, et comme dans tout business, certains producteurs hip-hop pratiquent une sorte de secret industriel, brouillent les pistes pour ne pas se faire voler leur recette. Lorsqu'un beatmaker parvient à obtenir une marque onore, à imposer son style par des moyens techniques précis, il est copié, et parfois égalé. DJ Premier, probablement celui qui a été le plus imité, le disait: « Les drums sont la partie la plus importante d'un beat. » Alors pour éviter de se faire piquer son son, il faisait particulièrement attention à ne jamais laisser ses drums « ouvertes », c'est-à-dire qu'à part de rares exceptions, on n'entend jamais ses batteries seules, sans sample dessus, sans un autre élément présent. Des précautions visant à ce qu'aucun autre producteur ne puisse sampler sa snare ou son kick facilement, à ne pas être soi-même échantillonné puis copié. Cependant, tous les producteurs n'ont pas usé de cette technique. Chez Q-Tip, par exemple, on trouve de nombreux morceaux avec les drums ouvertes. L'instru de « Give Up The Goods » qu'il a produite pour Mobb Deep, ou encore son remix de « The World ls Yours » de Nas. Pas étonnant que beaucoup de beatmakers lui aient piqué des snares ou des kicks, notamment ceux de « One Love » de Nas, également. Chez DJ Premier, cela n'arrive pas. En exemple, on peut citer « Real Hip Hop » de Das EFX, sorti en 1995, sur lequel DJ Premier propose une instru épurée composée de deux samples. L'un est une basse slappée tirée de « The Creator Has A Masterplan » de Norman Connors, l'autre est un break­ beat majeur, celui du morceau soul funk « Papa Was Too » de Joe Tex. Sorti en 1966, ce dernier démarre par une batterie seule qui a deux particularités: une reverbe très prononcée qui lui donne un son terrible, et une snare sur deux équipée de grelots. Samplé pour la première fois par N.W.A sur « A Bitch lz A Bitch » en 1987, on retrouve ce breakbeat sur « Jane » d'EPMD (1988), sur « Manifest » de Gang Starr (1989), sur « lt's Yours » de T La Rock (1989), sur « Wu-Tang Clan Ain't Nuthing Ta Fuck Wit » du Wu-Tang Clan (1993)... Method Man & Redman, 01' Dirty Bastard, ou encore MF Doom ont poncé cette drum à foison, en faisant l'un des breakbeats les plus récurrents du hip-hop améri­ cain du golden era. Sur « Real Hip Hop », il n'y a pas d'intro, Les deux samples démarrent de consort avec les voix des emcees de Das EFX, Dray et Skoob. Même si la basse de « The Creator Has A Masrer Plan » laisse la drum, filtrée à la sauce Premier, seule sur les deux et troisième temps de chaque mesure, il y a toujours la voix d'un rappeur pour combler le vide. Pas de drums ouvertes. « Real Hip Hop » demeure un classique de DJ Premier, il le joue encore dans tous ses dj sets. La qualité du single ne sauvera cependant pas l'album Hold It Dawn de Das EFX du relatif échec (en comparaison à leurs deux précédents disques, notamment Dead Serious en 1992). De son côté, le « PapaWasToo »deJoeTexcontinue d'être samplé par les nouvelles géné­ rations de beatmakers. Ab-Soul, The Midnight Eez, l'irlandais Rejjie Snow ou encore les Mellowhype exploitent toujours cette belle reverbe et ce. grelots si singuliers.

Les commentaires